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Il y a trois types d’acteurs non étatiques : les acteurs non étatiques (ane) en faveur de l’intérêt public (souvent les organisations non gouvernementales proprement dites), les sociétés privées orientées vers l’objectif du profit et les organisations publiques internationales. Leur influence sur la vie internationale croît, notamment en matière d’information et d’expertise, mais aussi d’influence politique conduisant à des réformes importantes des lois nationales et internationales.

La première partie traite du caractère interdisciplinaire de l’étude des acteurs non étatiques. Pour Bob Reinalda (chap. 2), le fondement de la théorie des ong porte sur trois paradigmes importants (le pluralisme, le transnationalisme et l’action sociale collective) dans lesquels les acteurs privés (comme les groupes de pression, les entreprises ou les mouvements sociaux) cherchent à faire prévaloir leurs propres objectifs et intérêts. Bas Arts (chap. 3) considère que l’action de ces agents est moins controversée dans les études de politique internationale qu’en science politique. La nature des accords internationaux a évolué. Elle est passée des ententes intergouvernementales à une conception à la fois intergouvernementale et transnationale des rapports entre les agents. C’est une modernisation de la vie politique mondiale, avec la participation accrue des agents non gouvernementaux. Math Noortmann (chap. 4) considère que l’école néo-positiviste du droit international a échoué dans son analyse du rôle croissant des ane (notamment les organisations intergouvernementales, les mouvements de libération, les compagnies transnationales et les ong.

Les relations entre les États-nations et les ane dans la théorie des relations internationales sont abordées dans la seconde partie. Anton Weenink (chap. 5) critique la théorie néoréaliste des relations internationales sur la question de la prise en compte très insuffisante des ane dans un système international anarchique. Même si le rôle de ces derniers est moindre, cela n’empêche pas de les étudier. Par contre, ces ane ne constituent pas un réel challenge pour l’État-nation souverain comme unité de base des relations internationales. Hans Vollaard (chap. 6) souligne l’importance du processus d’intégration européenne sur l’analyse de l’autorité politique. Il pose notamment la question fondamentale de savoir si l’autorité politique est encore fondée sur un territoire. Femke Van Esch (chap. 7) cherche à mettre en évidence dans quelle mesure les préférences nationales sont influencées par les préférences des ane, qu’ils soient d’origine nationale ou internationale. En appui à cette analyse, Bertjan Verbeek et Philip Quarles Van Ufford (chap. 8) considèrent que l’importance des ane dans la formulation et la mise en place de la politique étrangère est sous-estimée. Bob Reinalda et Bertjan Verbeek (chap. 9) se proposent d’examiner une théorie des relations de pouvoir entre les ong, les États-nations et les organisations intergouvernementales. Ils mettent en évidence les nombreux outils d’influence des ong et présentent neuf propositions. Par exemple, les ong internationales, moins liées aux régulations nationales, sont plus libres d’agir que les acteurs privés nationaux. Autre type de proposition, les gouvernements cherchent à maîtriser le rôle des ong en les incluant, pour les contrôler, dans des institutions nationales.

La troisième partie met en avant le rôle des agents non gouvernementaux (ane) sur les principaux théâtres internationaux. Gerda Van Roozendaal (chap. 10) analyse l’influence des syndicats dans le débat sur la clause sociale qui intéresse l’Organisation mondiale du commerce et l’Organisation internationale du travail. Elle met en évidence l’importance du rôle des syndicats dans la mise en place d’un droit du travail international, mais il pourrait être plus fort sans leurs divisions internes. Barbara Hogenboom (chap. 11) propose de mettre en évidence l’influence des ong sur la politique de l’environnement appliquée dans le cadre de l’Accord de libre-échange du Nord de l’Amérique (Aléna). Elle souligne les coopérations et les accords, mais aussi les oppositions de ces organisations aux différentes étapes de constitution de l’Aléna. Plus généralement, Bas Arts (chap. 12) aborde la question de l’importance de l’environnement dans les négociations internationales. Avec l’utilisation d’un modèle conceptuel et méthodologique, il met en évidence l’influence réelle des ong (même s’il ne faut pas non plus l’exagérer) et il considère qu’elle est supérieure à celle des firmes multinationales (fmn). Ans Kolk (chap. 13) étudie les changements de stratégies des fmn en fonction des politiques internationales sur la question des changements climatiques. Après le Protocole de Kyoto, les entreprises privées soutiennent souvent les initiatives concrètes dans ce domaine, mais indirectement, en insistant sur une approche de plus en plus marchande de la vie sociale, elles exercent globalement une action qui ne va pas nécessairement dans la direction souhaitée.

La quatrième partie aborde la question de la société civile internationale. Sean Chabot (chap. 14) met en parallèle l’analyse du mouvement indien Satyagraha (1917-1947) et le mouvement des droits civils américains (1955-1965). Il insiste sur l’existence de réseaux transnationaux de soutien d’une cause et l’évolution lente et incertaine de certaines démarches intellectuelles vers une application directe à l’action de masse. Kees Biekart (chap. 15) étudie l’impact de l’aide des organisations privées sur les sociétés civiles en construction des pays du Sud, principalement en Amérique centrale. Leur rôle en termes de soutien à la construction d’une société civile apparaît plus fondamental que leur contribution à la lutte contre la misère et la pauvreté. Edwin Bakker (chap. 16) examine le rôle des ong dans le domaine de la sécurité. Il considère que leur influence en termes d’information de première main et d’alarme est essentiel, même s’il est parfois discutable. Anton Weenink (chap. 17) s’interroge sur le crime organisé en Russie, notamment sur son caractère d’acteur international privé. Compte tenu de l’insuffisance de l’information disponible, il est difficile de répondre à cette question, d’autant qu’il faudrait aussi éclaircir les relations ambiguës qui existent entre ce type d’organisation et les organes gouvernementaux de la Russie. En conclusion Math Noortmann, Bas Arts et Bob Reinelda (chap. 18) mettent en évidence l’importance croissante des agents non gouvernementaux dans la vie internationale. Ils construisent alors une typologie des ane en fonction de leur influence, ils élaborent une conceptualisation des ane (ong, institutions intergouvernementales, sociétés marchandes et groupes armés) et ils soulignent les perspectives théoriques qui en découlent sur le droit international, la gouvernance internationale et la pertinence des actions des agents non gouvernementaux.

Ce livre intéressant se situe dans le champ de la discipline des Relations internationales. Il se propose de souligner l’importance croissante des organisations non gouvernementales dans la vie internationale, ce qui est un fait avéré. Cependant, le fait d’avoir été écrit à plusieurs mains l’empêche de devenir, en tant que tel, un livre de base qui permet de faire la synthèse des études sur la question. Il se présente comme un ouvrage de réflexion et d’ouverture à de nouvelles recherches taxinomiques, typologiques, théoriques et empiriques. En ce sens, il est utile pour les chercheurs, les étudiants en thèse et les responsables des organismes internationaux, désireux de comprendre leur place, leur influence et leur potentiel dans les relations internationales contemporaines.